L'erreur qui se paie six mois après la mise en service
Un switch 24 ports PoE++ n'alimente pas 24 équipements en PoE++. Cette phrase paraît évidente écrite ainsi ; elle est pourtant à l'origine de la majorité des dysfonctionnements que nous corrigeons sur des installations récentes.
Le scénario est toujours le même. Un switch annoncé « 24 ports PoE+ » dispose d'un budget global de 370 W. Chaque port peut fournir 30 W, mais l'alimentation ne suit pas au-delà de douze ou treize équipements à pleine charge. Tant qu'on branche des téléphones IP à 7 W, personne ne voit rien. Le jour où l'on ajoute des caméras à dôme motorisé avec chauffage, le budget se sature et le switch coupe les derniers ports connectés — souvent la nuit, quand les chauffages de caméra s'enclenchent.
Le calcul du budget PoE fait partie de nos études au même titre que le plan de câblage. Il se fait équipement par équipement, avec la consommation réelle en pointe et non la valeur moyenne du catalogue.

Les normes et ce qu'elles délivrent réellement
Deux valeurs comptent : ce que la source injecte et ce qui reste disponible à l'autre bout après la perte dans le câble. C'est la seconde qui alimente votre équipement.
| Norme | Appellation | Paires utilisées | Puissance à la source | Puissance garantie à 100 m |
|---|---|---|---|---|
| 802.3af | PoE, type 1 | 2 paires | 15,4 W | 12,95 W |
| 802.3at | PoE+, type 2 | 2 paires | 30 W | 25,5 W |
| 802.3bt | PoE++, type 3 | 4 paires | 60 W | 51 W |
| 802.3bt | PoE++, type 4 | 4 paires | 90 W | 71,3 W |
↔ Faites défiler le tableau pour consulter toutes les colonnes.
Ce que révèle la dernière colonne : entre 15 et 21 % de la puissance injectée se perd dans les conducteurs sur un lien de 100 m. Cette perte dépend directement de la résistance de boucle, donc de la section réelle du cuivre. Un câble CCA, en aluminium cuivré, présente une résistance supérieure de 40 % : le déclassement devient sensible et le toron s'échauffe. C'est l'un des paramètres que la certification mesure, et l'une des raisons pour lesquelles nous n'utilisons que du cuivre pur.
Calculer un budget PoE sans se tromper
La méthode, en quatre lignes
On liste les équipements à alimenter avec leur consommation en pointe — pas leur consommation nominale. On additionne. On majore de 20 % pour l'échauffement du câble et la marge de vieillissement. On compare au budget PoE du switch envisagé, et non au produit « nombre de ports × puissance par port », qui n'a aucune existence physique.
Les consommations qu'il faut vraiment retenir
- Téléphone IP : 4 à 8 W. Aucun sujet.
- Caméra dôme fixe intérieure : 6 à 10 W.
- Caméra extérieure avec chauffage et infrarouge : 15 à 25 W en pointe, et la pointe arrive en hiver, la nuit, sur toutes les caméras en même temps.
- Caméra PTZ motorisée avec essuie-glace : 30 à 60 W pendant les mouvements.
- Borne Wi-Fi 6 : 15 à 25 W. Wi-Fi 6E ou 7 tri-radio : 30 à 60 W, et une borne sous-alimentée désactive silencieusement sa troisième radio ou son port 2,5 G.
- Platine d'interphonie vidéo : 10 à 15 W, davantage avec une gâche alimentée en local.
- Serrure ou ventouse électromagnétique : 8 à 20 W en maintien permanent.
- Écran d'affichage dynamique PoE : 40 à 70 W, type 4 obligatoire.
- Luminaire PoE : 10 à 40 W selon le flux.
Un exemple chiffré
Prenons 16 caméras extérieures à 20 W de pointe, 6 bornes Wi-Fi 6E à 40 W et 4 platines à 12 W. Total brut : 320 + 240 + 48 = 608 W. Avec 20 % de marge, il faut un budget de 730 W. Un switch 48 ports annonçant 740 W de budget PoE semble convenir — jusqu'à ce qu'on réalise qu'il ne reste alors aucune marge d'évolution et qu'une alimentation unique porte l'ensemble. Nous recommandons dans ce cas deux switches 24 ports à 740 W chacun, ou un châssis à double alimentation. Le surcoût est modéré ; la résilience change de catégorie.
Le déclassement en bout de ligne
Sur un lien de 90 m, comptez environ 15 % de perte en PoE+ et jusqu'à 21 % en type 4. Concrètement, une borne Wi-Fi qui réclame 45 W doit être alimentée par un port capable d'injecter au moins 57 W : le type 3 à 60 W passe tout juste, le type 4 donne de l'air. Sur les liens longs, la question se règle souvent mieux en rapprochant le switch — un commutateur de zone alimenté localement et raccordé en fibre — qu'en montant en puissance à la source.
Ce que nous alimentons en PoE au quotidien
Vidéoprotection
C'est l'usage historique et toujours le plus consommateur. Une caméra alimentée en PoE se déplace, se remplace et se teste sans intervention électrique, et son alimentation est secourue en même temps que le switch.
En savoir plusBornes Wi-Fi 6E et 7
Les bornes tri-radio récentes réclament du type 3 au minimum. Alimentées en PoE+ seulement, elles brident une radio ou leur port multigigabit, et le diagnostic prend des semaines si personne ne pense à vérifier la classe négociée.
En savoir plusContrôle d'accès et interphonie
Platines vidéo SIP, lecteurs, ventouses et gâches alimentés depuis la baie plutôt que par un coffret local. Un seul câble par porte, une seule source à secourir, une traçabilité électrique unique.
En savoir plusAffichage dynamique
Écrans et lecteurs multimédias en type 4, alimentés et pilotés par le même lien. Utile en hall d'accueil et en salle de production, où tirer une alimentation secteur normalisée coûte souvent plus cher que le câble réseau.
Éclairage PoE
Luminaires LED pilotés au lien, avec gradation et détection de présence intégrées. Cohérent sur un plateau tertiaire neuf où l'on cherche à mutualiser les infrastructures, moins pertinent en rénovation partielle.
Extendeurs et injecteurs
Un injecteur alimente un équipement isolé depuis un switch non PoE. Un extendeur PoE prolonge un lien de 100 m supplémentaires en se nourrissant de la puissance qui le traverse, au prix d'un déclassement. À utiliser en dépannage, pas en conception.
Les deux sujets qu'on découvre après coup
Le secours. Le PoE crée une dépendance nouvelle : sans switch alimenté, plus de caméras, plus de contrôle d'accès, plus de téléphonie. Or c'est exactement pendant une coupure électrique que ces fonctions comptent. Un onduleur qui protège le serveur mais pas le switch d'accès laisse la vidéoprotection aveugle au pire moment. Nous dimensionnons le secours sur la charge PoE réelle, avec une autonomie cohérente avec la durée typique des coupures locales — trente minutes couvrent l'immense majorité des incidents réseau de distribution.
La chaleur. Un switch délivrant 700 W de PoE dissipe l'équivalent d'un petit radiateur, auquel s'ajoute l'échauffement des torons de câbles eux-mêmes. Dans un toron serré de 48 câbles alimentés en type 3, la température au centre peut monter de 10 à 15 °C, ce qui augmente la résistance du cuivre et dégrade encore la puissance disponible. Deux réponses : limiter la taille des faisceaux à 24 câbles et ventiler la baie correctement. Ce point rejoint directement le dimensionnement thermique de la salle serveurs.
Questions fréquentes
Combien d'équipements peut alimenter un switch 24 ports PoE+ ?
Cela dépend uniquement de son budget PoE, pas de son nombre de ports. Un modèle courant à 370 W alimente 24 téléphones IP à 7 W sans difficulté, mais seulement douze caméras extérieures à 20 W de pointe ou neuf bornes Wi-Fi 6E à 40 W. Vérifiez la ligne « PoE power budget » de la fiche technique et additionnez vos consommations en pointe. Si vous approchez 80 % du budget, changez de modèle : la marge restante disparaîtra à la première évolution.
Le PoE abîme-t-il le câble réseau ?
Non s'il est correctement dimensionné. Le courant échauffe le conducteur, et cet échauffement s'accumule au centre des faisceaux serrés. Avec du cuivre pur de section normalisée, des torons limités à 24 câbles et une catégorie 6A, l'élévation reste sans conséquence. Les problèmes apparaissent avec des câbles CCA, des faisceaux de cinquante câbles comprimés par des colliers trop serrés, ou des conduits totalement saturés où aucune dissipation n'est possible.
Peut-on alimenter un équipement à plus de 100 mètres ?
Pas directement : la norme s'arrête à 100 m de canal, et au-delà la chute de tension devient ingérable. Trois solutions existent. Un extendeur PoE prolonge de 100 m en consommant une partie de la puissance, ce qui convient à une caméra simple mais pas à une borne Wi-Fi. Un switch de zone alimenté localement et raccordé en fibre est la solution propre. Enfin, certains équipements acceptent une alimentation locale classique, avec un lien fibre pour les données.
Faut-il un switch PoE ou des injecteurs ?
Au-delà de trois ou quatre équipements, le switch PoE s'impose : gestion centralisée du budget, priorisation des ports, redémarrage à distance d'une caméra figée, supervision de la consommation, secours unique. Les injecteurs restent pertinents pour alimenter un équipement isolé depuis un switch existant non PoE, ou pour une extension de deux ou trois points. Ils multiplient en revanche les blocs d'alimentation à surveiller et à secourir.
Le PoE fonctionne-t-il sur un câblage Cat. 5e existant ?
Oui pour le PoE et le PoE+ si le câblage est sain, en cuivre pur et correctement raccordé. Le PoE++ de type 3 ou 4 utilise les quatre paires et sollicite beaucoup plus le lien : sur du Cat. 5e ancien, la résistance de boucle est souvent trop élevée et l'échauffement devient notable. Avant de déployer des bornes Wi-Fi 7 ou des caméras PTZ sur un câblage existant, nous mesurons la résistance de boucle des liens concernés — c'est une vérification rapide et décisive.