Un mauvais Wi-Fi ne se voit pas sur un plan, il s'entend en réunion
Les symptômes sont toujours les mêmes : la visioconférence décroche dans la salle du fond, les inventaires ne remontent plus depuis la réserve, le téléphone sur Wi-Fi coupe systématiquement au même endroit du couloir, et le débit s'effondre à quatorze heures quand tout le monde est revenu de déjeuner.
Dans presque tous les cas, l'installation a été dimensionnée en couverture — « est-ce que ça capte ? » — et non en capacité — « combien de terminaux, avec quel débit, en même temps ? ». Or une borne qui « capte » partout peut très bien être incapable de servir quarante ordinateurs portables dans une salle de formation.
L'autre erreur classique est l'excès inverse : trop de bornes, toutes à pleine puissance, qui se brouillent mutuellement. Le Wi-Fi est un média partagé : deux bornes sur le même canal se partagent le temps de parole au lieu de l'additionner. Le réglage de puissance vaut souvent plus que l'achat d'une borne supplémentaire.

Comprendre les bandes avant de choisir la largeur de canal
2,4 GHz : la portée, et rien d'autre
Trois canaux réellement non recouvrants en Europe — 1, 6 et 11. Cette bande traverse mieux les cloisons, mais elle est saturée par les fours à micro-ondes, le Bluetooth, les casques sans fil et le Wi-Fi de vos voisins. Nous la conservons pour les objets connectés anciens et les scanners de code-barres, à puissance réduite, et pas pour les postes de travail.
5 GHz : la bande de travail
Une vingtaine de canaux exploitables, dont une large partie soumise au DFS — la détection de radar, qui impose à la borne de libérer le canal si elle croit entendre un radar météo ou aéroportuaire. À proximité d'un aéroport, ces canaux provoquent des changements intempestifs ; nous les sélectionnons avec prudence en Île-de-France et près des terrains d'aviation marnais.
6 GHz : de l'air neuf, avec une contrepartie
Ouverte par le Wi-Fi 6E, elle offre en Europe 480 MHz de spectre propre, sans équipement ancien pour la polluer. La contrepartie est physique : l'atténuation augmente avec la fréquence. Une cloison de placo double peau coûte environ 5 dB à 5 GHz et davantage à 6 GHz. Concrètement, le 6 GHz excelle en salle de réunion, en open space et en amphithéâtre, beaucoup moins pour arroser un plateau depuis un couloir.
La largeur de canal est un arbitrage, pas un curseur à pousser
Passer de 20 à 40 MHz double le débit théorique mais divise par deux le nombre de canaux disponibles, donc augmente le recouvrement. En bureau dense, nous restons souvent en 20 ou 40 MHz sur 5 GHz, et réservons le 80 voire le 160 MHz à la bande 6 GHz, où le spectre le permet. Un canal à 160 MHz mal placé transforme un déploiement soigné en brouillage organisé.
Notre méthode d'étude, en quatre temps
Aucune de ces étapes n'est facultative. Sauter l'étude prédictive, c'est acheter au jugé ; sauter le survey, c'est découvrir les surprises après la pose.
Étude prédictive sur plan à l'échelle
Nous importons les plans DWG ou PDF, renseignons la nature des cloisons, des vitrages, des blocs sanitaires et des cages d'ascenseur, puis simulons la propagation. Sortie : un nombre de bornes, des positions, des puissances et des canaux, avec les cartes de couverture attendues.
Validation sur site — AP sur perche
Une borne alimentée par batterie est déplacée aux emplacements prévus pendant qu'un analyseur mesure réellement le signal, le bruit et le rapport signal sur bruit. C'est là que l'on découvre le mur porteur non figuré sur le plan, la porte coupe-feu métallique ou le rayonnage plein.
Câblage, pose et alimentation
Une prise Cat. 6A par borne, testée et certifiée, alimentation PoE calculée avec marge, fixation sous dalle ou sur poteau, antennes orientées et non posées à plat dans un faux plafond. Une borne cachée derrière un conduit de ventilation perd 10 dB avant même d'émettre.
Recette mesurée et remise des cartes
Parcours complet du site avec enregistrement du RSSI, du SNR, du taux de retransmission et du débit réel en TCP. Nous remettons les heatmaps, la liste des canaux retenus et les seuils d'alerte à configurer en supervision.
Quelle génération pour quel usage
| Génération | Bandes | Apport réel en entreprise | Quand la choisir |
|---|---|---|---|
| Wi-Fi 5 (802.11ac) | 5 GHz | Encore correct sur un parc peu dense, mais plus de support long terme | Uniquement en extension d'un existant récent |
| Wi-Fi 6 (802.11ax) | 2,4 et 5 GHz | OFDMA et MU-MIMO : gain net en densité, meilleure autonomie des terminaux via TWT | Standard pour la majorité des sites tertiaires |
| Wi-Fi 6E | 2,4 / 5 / 6 GHz | Bande 6 GHz vierge, latence stable en salle dense | Salles de réunion, formation, amphithéâtres |
| Wi-Fi 7 (802.11be) | 2,4 / 5 / 6 GHz | MLO : un terminal utilise deux bandes simultanément, coupures quasi invisibles | Sites neufs, forte densité, visio généralisée |
↔ Faites défiler le tableau pour consulter toutes les colonnes.
Le piège budgétaire : une borne Wi-Fi 6E ou 7 peut réclamer 35 à 50 W en pointe. Sur un switch dont le budget PoE total plafonne à 370 W, cela limite à huit ou neuf bornes par châssis. Vérifiez ce chiffre avant de commander, sous peine de devoir remplacer aussi les commutateurs. Nos pages commutation et PoE détaillent ce calcul.
Itinérance : passer d'une borne à l'autre sans que l'appel tombe
Un terminal décide seul du moment où il change de borne, et il le fait mal par défaut : il s'accroche à la borne d'origine jusqu'à ce que le signal devienne mauvais, puis rebalaye tous les canaux avant de se réassocier et de rejouer l'authentification complète. Sur un appel voix, cela s'entend. Trois amendements corrigent ce comportement.
802.11k fournit au terminal la liste des bornes voisines et de leurs canaux : il n'a plus à balayer à l'aveugle. 802.11v permet à l'infrastructure de lui suggérer poliment de changer de borne, ce qui évite qu'il reste collé à une borne lointaine. 802.11r met en cache les éléments de la négociation de sécurité pour que la réassociation se fasse en quelques dizaines de millisecondes au lieu de plusieurs centaines. Activés ensemble et avec un seuil de puissance correctement réglé, ils rendent l'itinérance transparente. En entrepôt, où les contraintes sont bien plus dures, le sujet mérite une approche dédiée.
Sécuriser sans rendre l'accès impraticable
Le mot de passe unique partagé par toute l'entreprise, écrit sur un tableau et connu des anciens stagiaires, reste la faille la plus répandue. Nous déployons du WPA3-Entreprise avec authentification 802.1X : chaque utilisateur ou chaque machine présente son propre certificat ou ses identifiants d'annuaire, et le VLAN est attribué dynamiquement selon le profil. Le départ d'un salarié se traduit par une révocation, pas par un changement de clé sur deux cents appareils. Ce mécanisme est le même que celui du contrôle d'accès réseau filaire.
Le réseau invité, lui, doit être réellement isolé : VLAN séparé, sortie internet distincte ou au minimum filtrée, isolation entre clients activée, limitation de débit par session, et portail avec conditions d'utilisation horodatées. Un invité ne doit voir ni vos imprimantes, ni vos partages, ni vos caméras. Et si votre activité reçoit du public de façon continue, la question de la conservation des traces de connexion se pose sérieusement.
Questions fréquentes
Combien de bornes Wi-Fi faut-il pour couvrir 1 000 m² de bureaux ?
En bureaux cloisonnés classiques, comptez une borne pour 120 à 200 m², soit six à huit bornes pour 1 000 m². Mais ce ratio ne vaut que pour de la bureautique ordinaire. Une salle de formation de quarante personnes en visioconférence peut réclamer à elle seule deux bornes, tandis qu'un plateau ouvert peu occupé s'accommodera d'une densité plus faible. C'est précisément ce que l'étude prédictive tranche, en quelques heures et avant tout achat.
Le Wi-Fi 7 vaut-il l'investissement aujourd'hui ?
Il le vaut si votre parc de terminaux est récent et si vous déployez du neuf : le multi-link operation rend les micro-coupures invisibles, ce qui se remarque en visioconférence. En revanche, équiper des bornes Wi-Fi 7 pour desservir des portables Wi-Fi 5 achetés il y a cinq ans n'apportera presque rien, hormis une meilleure gestion de la densité. Dans ce cas, le Wi-Fi 6 ou 6E offre un bien meilleur rapport entre le coût et le bénéfice constaté.
Peut-on faire un site survey sans couper l'activité ?
Oui. La mesure passive se fait en marchant dans les locaux avec un analyseur, sans rien modifier ni débrancher. La validation active avec une borne sur perche demande un peu plus de place mais reste ponctuelle, de l'ordre de quelques minutes par emplacement testé. Nous réalisons couramment ces relevés en journée dans des bureaux occupés, et nous préférons même cela : les corps humains et les portes fermées font partie de la réalité radio.
Pourquoi mon Wi-Fi ralentit-il alors que le signal est au maximum ?
Parce que la barre de signal ne mesure que la puissance reçue, pas la qualité du canal. Si une borne voisine, un répéteur domestique ou un équipement industriel occupe le même canal, votre terminal doit attendre son tour pour parler. Le bon indicateur est le rapport signal sur bruit et le taux de retransmission, qui ne s'affichent nulle part sur un ordinateur portable. Un relevé spectral identifie la source en une heure dans la plupart des cas.
Faut-il un contrôleur Wi-Fi matériel ?
Plus nécessairement. Trois modèles coexistent : contrôleur physique dans votre baie, contrôleur virtualisé sur votre infrastructure, ou pilotage depuis le cloud du constructeur. Pour un site unique de moins de quinze bornes, une architecture sans contrôleur dédié, où les bornes s'auto-organisent, suffit largement. Pour un parc multisite, le pilotage centralisé devient rentable en exploitation. Nous arbitrons selon votre politique de données et vos contraintes de disponibilité.