Choisir une caméra IP : les critères qui changent l'image
Une caméra se choisit à partir de la scène, jamais à partir d'une fiche produit. Deux modèles au même prix et à la même résolution peuvent donner, sur la même scène, une image exploitable et une image inutile.
En bref
- La résolution ne sert à rien sans la focale correspondante
- Comment calculer la focale dont vous avez besoin, en deux opérations
- Pourquoi un grand capteur bat une haute résolution la nuit
- WDR, infrarouge, éclairage blanc : quoi choisir selon la scène
- Indices IP et IK : ce qu'ils garantissent réellement
Commencer par la question utile : que doit-on pouvoir faire de l'image ?
Avant toute caractéristique technique, il faut trancher un point : souhaitez-vous détecter une présence, observer un comportement, reconnaître une personne que vous connaissez, ou identifier un inconnu ? Ces quatre objectifs correspondent à des densités de pixels très différentes, définies par la norme EN 62676-4, et c'est de là que découle tout le reste.
Concrètement : 25 pixels par mètre suffisent pour détecter, 62 pour observer, 125 pour reconnaître, 250 pour identifier. Une plaque d'immatriculation demande plus de 300 px/m et une caméra dédiée. Le détail de cette méthode figure sur notre page vidéoprotection.
Le calcul de focale, en deux opérations
C'est le calcul le plus rentable du métier, et personne ne le fait.
Étape 1 — largeur de champ nécessaire. Divisez la résolution horizontale du capteur par la densité de pixels voulue. Une caméra 4 MP (2560 pixels de large) pour une identification à 250 px/m : 2560 ÷ 250 = 10,2 m de largeur de champ maximum.
Étape 2 — focale correspondante. Focale ≈ (largeur du capteur × distance) ÷ largeur de champ. Avec un capteur 1/2,8" (environ 5,4 mm de large) et une cible à 15 m : (5,4 × 15) ÷ 10,2 ≈ 8 mm.
Autrement dit, la caméra 2,8 mm livrée par défaut dans 90 % des kits ne permettra jamais d'identifier quelqu'un à 15 m, quelle que soit sa résolution. Elle couvre large : c'est rassurant sur un écran, et inutile devant un juge.
Les caractéristiques, par ordre d'importance réelle
| Caractéristique | Ce que cela change vraiment | Piège courant |
|---|---|---|
| Focale | Détermine la largeur de champ et donc la densité de pixels. Premier critère, loin devant les autres. | Prendre la focale livrée par défaut |
| Taille du capteur | 1/1,8" capte environ deux fois plus de lumière qu'un 1/2,8". Décisif dès que la scène est peu éclairée. | Comparer deux caméras sur la seule résolution |
| Résolution | Compte, mais seulement en rapport avec la focale. 8 MP sur un champ de 40 m vaut moins que 2 MP sur 8 m. | Croire que 4K règle tout |
| WDR | Gère les écarts de luminosité extrêmes : porte vitrée, quai ouvert, entrée de parking. Viser 120 dB réels. | Le « WDR numérique », qui n'en est pas |
| Infrarouge | Portée utile souvent moitié de la portée annoncée. Produit une image en noir et blanc, sans couleur de vêtement. | Se fier à la portée du catalogue |
| Éclairage blanc | Conserve la couleur la nuit — décisif pour un signalement. Dissuasif, mais peut gêner le voisinage. | L'oublier là où la couleur compte |
| Codec | H.265 divise le débit par deux face au H.264. Vérifier que l'enregistreur le supporte. | Mélanger des codecs sur un même NVR |
| Indice IP | IP66 résiste aux jets d'eau, IP67 à l'immersion temporaire, IP69K au lavage haute pression chaude. | IP65 en agroalimentaire lavé |
| Indice IK | IK10 résiste à un choc de 20 joules. Indispensable en zone accessible au public. | IK08 sur une façade en rez-de-chaussée |
Quel type de caméra pour quelle scène
Dôme fixe
Le standard en intérieur et sous auvent. Discret, orientation non modifiable depuis l'extérieur, vandalisme limité. Attention aux reflets du dôme en présence d'infrarouge : la bulle doit être propre et le joint d'étanchéité intact.
Bullet / tube
Extérieur, longue portée, visière anti-pluie intégrée. Visible, donc dissuasif. Accepte les focales longues et les grands capteurs. Notre choix par défaut sur les périmètres et les parkings.
Multi-capteurs / panoramique
Trois ou quatre capteurs orientables dans un seul boîtier, un seul câble, une seule licence. Excellent rapport couverture/coût sur un carrefour, une cour ou un angle de bâtiment.
PTZ à suivi automatique
Motorisée, zoom optique important, suit automatiquement un objet détecté par une caméra fixe. Complète une couverture fixe, ne la remplace jamais : pendant qu'elle regarde ailleurs, elle ne filme pas le reste.
Fisheye 360°
Une seule caméra pour un open space ou une surface de vente. Vue d'ensemble excellente, densité de pixels faible en périphérie : à réserver à l'observation, pas à l'identification.
Thermique
Détecte le contraste de température, insensible à l'obscurité totale, au brouillard léger et à l'éblouissement. Ne produit pas d'image identifiante — elle se couple à une caméra visible. Voir notre page thermique et LAPI.
Questions fréquentes
La 4K est-elle toujours préférable ?
Non. À taille de capteur égale, une 4K possède des photosites plus petits qu'une 2 MP, donc capte moins de lumière par pixel et produit une image plus bruitée la nuit. Sur une scène bien éclairée et large, la 4K est un vrai gain ; sur un parking sombre, une 4 MP à grand capteur donnera une meilleure image exploitable. Et la 4K multiplie le stockage nécessaire par deux à trois.
Combien de caméras faut-il pour un bâtiment ?
La question à se poser n'est pas « combien » mais « quels points de passage obligés ». Toute personne qui entre passe nécessairement par un nombre limité d'endroits. Couvrir correctement ces points-là, avec une densité de pixels d'identification, vaut mieux que saupoudrer vingt caméras qui voient tout de loin. Dans la plupart des PME, six à douze caméras bien placées suffisent.
Faut-il des caméras de la même marque partout ?
Pas obligatoirement, grâce au protocole ONVIF qui assure une interopérabilité de base. Mais les fonctions avancées — analyse embarquée, réglages fins, mises à jour groupées — restent propriétaires. En pratique, nous recommandons une marque dominante par site, avec des exceptions assumées pour les scènes qui exigent un modèle particulier.
Quelle durée de vie pour une caméra ?
Sept à dix ans en intérieur, cinq à huit en extérieur exposé. Ce qui vieillit en premier, ce n'est pas le capteur mais les joints d'étanchéité, le dôme qui se ternit sous les UV et le support logiciel du constructeur — une caméra qui ne reçoit plus de correctif de sécurité est un point d'entrée sur votre réseau, ce qui est un argument de plus pour la segmenter.
Parlons de votre site, pas d'un catalogue
Une visite sur place, un relevé de l'existant, une étude chiffrée et un calendrier réaliste. C'est gratuit, et vous repartez avec un document exploitable même si vous ne travaillez pas avec nous.